Le fond de l'affaire


 

Attentat de Barcelone, la foire d’empoigne de la RTBF.

En raison de l’attentat de Barcelone, ce 18 aout 2017, la RTBF a bousculé ses programmes, lançant une édition spéciale d’information sur La Une vers 18h50, qui s’enchainera avec un JT spécial. À cette occasion, le téléspectateur a pu assister à un traitement édifiant de l’information.

Ainsi, les informations relevant de rumeurs, sorties d’internet ou de témoignages dans la rue ont été traitées sur un pied d’égalité avec les communiqués officiels. Il sera annoncé au spectateur que l’attentat a fait 1 mort (bilan officiel à l’heure du Journal télévisé) 2, 10 morts ou 13 morts (information récupérée sur les médias espagnols sur base de « sources policières » et qui sera vérifiée plus tard dans la soirée). De même, des rumeurs non vérifiées seront relayées, à propos de fusillades, de prises d’otages, de suspects retranchés dans un bar ou un restaurant, de la présence de plusieurs camionnettes béliers, de policiers attaqués… Informations qui s’avèreront fausses.
Avant même tout résultat d’enquête, sans aucune information quant aux motivations de l’attaque, il sera décrété qu’il s’agit d’un attentat djihadiste et on lancera les analyses et commentaires sur base de cette hypothèse non vérifiée. Rappelons qu’en 2004, lors des attentats de Madrid, l’ETA avait été pointée comme responsable avant que ce ne soit démenti et que le vrai commanditaire, Al-Qaïda, ne soit identifié.
Tout cela agrémenté de la rediffusion, en boucle, d’images amateurs « spectaculaires » : personnes qui fuient, camionnette défoncée, véhicules de police, policiers armés en rue… Certaines images seront rediffusées jusqu’à 15 reprises en une heure.
De même, seront interrogés à plusieurs reprises des « témoins » locaux « innocents », qui n’apporteront aucune information si ce n’est le bouclage du quartier par la police, quelle surprise, la peur et la fuite des gens, là aussi une information indispensable.
Le spectateur pourra également bénéficier d’analyses d’ « experts », qui ne pourront que répéter les poncifs habituels, faute d’information précise sur les faits, leurs causes et conséquences : « le risque zéro n’existe pas », « le modus operandi est similaire », « nous sommes tous des cibles », « la terreur aveugle »… De nouveau, aucune plus-value à espérer de ce côté là.

Si un attentat constitue certainement une information qui doit être traitée par les médias, les modalités choisies par la RTBF posent question.
Est-ce d’une quelconque utilité et n’est-ce pas une faute professionnelle de relayer des rumeurs non vérifiées plutôt que des informations vérifiées ? Cela participe à la confusion, à la peur et la panique, à la désinformation et peut par ailleurs entraver le travail d’enquête…
La mise en œuvre d’une édition spéciale est-elle nécessaire alors qu’il n’existe aucune information/confirmation officielle ? Quelle information supplémentaire offre-t-elle au téléspectateur ?

Finalement, tout ceci témoigne d’un traitement « sensationnaliste » de l’information, où l’on privilégie les « images-chocs », les « témoignages à chaud » et le relai immédiat et sans vérification de toute « information ». C’est contraire à tout travail journalistique rigoureux, de recoupement prudent des sources, de vérification des faits…
Pour le spectateur, la valeur ajoutée est faible, aucun tri n’est fait entre information vérifiée ou non, peu d’éléments neufs sont proposés tout au long de l’émission, au profit d’un programme entretenant un climat anxiogène.
Pourquoi ne pas ouvrir le journal télévisé sur le sujet, en présentant ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas, ce qui tiendrait en 5 minutes, et y revenir en fin de programme, avec les informations complémentaires éventuelles ? C’est par exemple comme cela que l’information a été traitée sur la première chaine allemande (Das Erste).

M.S.

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