Le fond de l'affaire


 

Qui parle dans le poste ?

Voir le temps consacré réellement à de l'information dans une émission dite « d'information » réserve parfois des surprises (voir l'article La RTBF et l'info). Relever les invités à qui l'on tend le micro en réserve d'autres. En voici un petit aperçu.

Le relevé des invités a porté sur les émissions « Matin Première », « Un samedi d’enfer » et « L'invité de 7h50 » ( BEL-RTL) tout au long de l'année 2016. Ont été ajoutées, les émissions «Le forum midi première », « CQFD la première », « Dans quel monde on vit », « Face à l’info » et « La semaine de l’Europe » pendant le dernier quadrimestre 2016.

Premier constat : le bavard n'est pas celui qu'on croit

Globalement, le micro est tendu 4 fois plus souvent aux hommes qu'aux femmes.

  Hommes Femmes
Toutes émissions 80% 20%
Invité principal du matin 84% 16%
Invité principal du soir 81% 19%
Invités autres tranches horaires 72% 28%

Nous n'avons pas les chiffres des invités « non blanc-bleus-belges », ceux-ci étant, comme on dit, inférieurs à la marge d'erreur de la mesure...

 

Deuxième constat : Les politiciens avant 9 heures, les académiques après

Politique Patronat Syndicats Académique Société civile/ONG Journaliste Economiste autre
Toutes émissions 38% 5% 3% 16% 5% 12% 2% 20%
Invité principal du matin 64% 5% 5% 6% 1% 2% 1% 17%
Invités du soir 19% 4% 1% 29% 6% 19% 3% 19%
Invités autres tranches horaires 14% 5% 1% 21% 10% 20% 3% 26%

La présence massive (2 sur 3) des politiciens le matin peut s'expliquer par la manière dont l'information est traitée : un ministre ou un membre de la majorité vient expliquer la politique gouvernementale, un représentant de l'opposition vient dire tout le mal qu'il faut en penser. C'est un peu le débat parlementaire qui s'invite à la radio.
Le reste de la journée, et particulièrement le soir, le traitement de l'info s'affranchit davantage de ces joutes oratoires et prend plus de recul par rapport au sujet traité. Les invités académiques sont majoritaires. Ceci est un constat, non un jugement.
De même, en dehors des émissions matinales (avant 9h), le monde patronal est 4 à 5 fois plus présent que le monde syndical.

On retrouve le même déséquilibre entre l'importance numérique et la présence médiatique en relevant les invités par tendance politique.

Troisième constat : le « poids » médiatique ne correspond pas au « poids » parlementaire

Si il y avait une stricte équivalence entre la proportion d'invités d'un parti à la radio et la proportion de députés de ce parti à la Chambre, par exemple, le rapport entre ces deux proportions devrait être de 1. Si le rapport est inférieur à 1, le parti est médiatiquement sous-représenté par rapport à son poids parlementaire, s'il est supérieur à 1, le parti est surreprésenté. Voici les chiffres :

PS 1,6   OPEN VLD 0,3
CdH 2,6   CD&V 0,3
ECOLO 3,3   SPa 0,2
MR 2,0   GROEN 0,1
DEFI 3,5   NVA 0,2
PTB-GO ! 2,1      

Les partis francophones sont surreprésentés dans l'environnement radio francophone au détriment des partis néerlandophones. Mais, peut-être plus surprenant, en se limitant au monde francophone, les « petits » partis sont également surreprésentés, à l'exception du PTB qui ne bénéficie pas de ce traitement de faveur :

DEFI 1,5
ECOLO 1,4
CdH 1,1
PTB-GO ! 0,9
MR 0,8
PS 0,7

Quatrième constat : il y a des chouchous

Didier Reynders 14
Olivier Maingain 11
Paul Magnette 11
Jan Jambon 10
Jean-Marc Nollet 10
Pierre-Yves Jeholet 10
Benoit LUTGEN 9
Elio Di Rupo 9
Georges Dallemagne 8
Louis Michel 8
Maxime PREVOT 8
Pascal Delwit 8
Raoul Hedebouw 8
Denis Ducarme 7
François Bellot 7
Jean-Claude Marcourt 7
Koen Geens 7
Marie-Martine Schyns 7
Willy Borsu 7

Ici également, les raisons d'un tel classement sont difficiles à mettre en évidence. Les affaires internationales n'ont pas été LA préoccupation principale au cours de l'année 2016, même si l'actualité (Syrie, attentats) peut expliquer une partie. Pourtant, le Ministre des Affaires étrangères est le premier des chouchous.
Plus surprenant encore est la position de Olivier Maingain, invité aussi fréquemment que Paul Magnette. Défi est-il si important par rapport au ministre-président du gouvernement wallon ? Ou au gouvernement flamand (absence de Kris Peeters dans ce « top 19 ») ?

Cinquième constat : La RTBF est libérale

Lorsque des économistes sont invités pour nous expliquer l'actualité, 8 fois sur 10, ils sont orthodoxes (favorables au monde des affaires, aux actionnaires). Les hétérodoxes n'ont même pas voix au chapître le matin !
Lors du débat sur le CETA, 9 économistes ont été invités. 7 étaient pro-CETA !
La disparité entre la présence syndicale et la présence patronale sur la RTBF est encore plus impressionnante : 8 fois sur 10, l'invité est issu du monde patronal. Les syndicats sont surtout invités en période de conflit social (une semaine avant ou après une grève ou une manifestation importante). Ils sont alors tenus d'expliquer leurs actions et de se justifier alors que le patronat a la possibilité de diffuser son message tout au long de la journée et de l'année.

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