Observatoire Critique des Médias


 

 

 

Combattre les fake news en période électorale

Le gouvernement français souhaite légiférer contre les fake news en période électorale.

Invité ce vendredi matin, 5 janvier 2018, dans le 7/9 de France Inter, le secrétaire d’État français chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, expliquait qu'il avait lancé une réflexion sur les possibilités de légiférer contre la propagation de fake news en période électorale. L'exemple le plus connu de perversion du processus démocratique, l'intervention russe dans la dernière élection présidentielle américiane via les réseaux sociaux, sert de toile de fond à cette réflexion.

Une des pistes envisagées est de responsabiliser les plates-formes car on peut les considérer comme des éditeurs. Elles seraient alors responsables des contenus qu'elles publient. Elles ne peuvent en effet s'exonérer de toute responsabilité dans l'utilisation qui est faite des outils qu'elles mettent à disposition. Ainsi, Face Book a admis avoir détecté des flux financiers importants venant de l'étranger favorisant la diffusion de certains articles ou commentaires défavorables à Hilary Clinton… Et d'insister sur les conséquences négatives que la propagation de ces rumeurs peuvent avoir sur le travail des « vrais journalistes » : une fois qu'une rumeur a été considérée comme vraie, toute démonstration, aussi irréfutable qu'elle soit, faite par des journalistes et établissant la fausseté de la rumeur ne sera plus considérée que comme une confirmation de la véracité de la rumeur. Ainsi fonctionne le complotisme.

En fait, le gouvernement français se concentre contre les rumeurs, bobards et autres mensonges diffusés via internet en période électorale. Il cherche donc à protéger les candidats contre des informations non contrôlées, au motif que cela pervertit le jeu démocratique. L'intention est louable mais on peut se demander pourquoi se limiter à cet aspect des choses ? Pourquoi ne pas lutter contre les promesses électorales non tenues ? Pourquoi ne rien envisager contre la désinformation menée par les lobbys industriels par le biais de publications plus ou moins scientifiques qui n'ont d'autre objectif que de créer le doute et ralentir ou empêcher l'interdiction de produits toxiques ? Il n'y a pas que les « fake news » des réseaux sociaux qui nuisent à la démocratie !

Le débat risque en tout cas d'être intéressant car il faudra bien définir un jour de manière précise ce qu'est une « fake news ». Deux pistes de réflexion ont été lancées par le ministre français.

La première consisterait à surveiller les flux financiers car l'importance des montants investis pour promouvoir la diffusion d'une « information » est un indice. Aucun média ne dispose en effet des millions d'euros nécessaires à une telle opération.

La deuxième se base sur le producteur de l'info. L'info ne tomberait pas dans la catégorie « fake news » si elle est publiée par un un média reconnu. Sans vouloir être désagréable, on ne peut s'empêcher de penser à Timisoara, une des plus gigantesques « fake news » du XXe siècle. Lors des journées dramatiques qui ont vu la chute du régime Ceaucescu en Roumanie, il a été fait état de la découverte dans les jardins d'un hôpital de Timisoara, d'un charnier où auraient été enterrés des opposants liquidés par Ceaucescu. Cette rumeur, présentée comme un fait établi, a été propagée par toute la presse occidentale, privée et publique, audio-visuelle et écrite.

Bref, affaire à suivre, comme on dit.

Si vous voulez écouter l'émission :
https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-05-janvier-2018

Et les questions des auditeurs :
https://www.franceinter.fr/emissions/interactiv
Vous y décèlerez une certaine contradiction dans les propos du ministre qui explique d'une part, la volonté bien arrêtée de lutter contre l'évasion fiscale (proposition de taxe sur le chiffre d'affaire), et d'autre part, le refus d'exprimer un avis sur la plainte en justice déposée par Apple contre ATTAC qui a mené une action dans plusieurs Applestore pour exiger qu'Apple paie ses arriérés d'impôts en Europe (13 Mia€ selon la Commission européenne).

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Maxime

Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder une ville que d'assassiner quelqu'un à coups de hache.

Dostoïevski

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