Observatoire Critique des Médias


 

 

 

Quand La Première traite de la hausse du minerval des étudiants étrangers.
Du 20 avril au 3 mai, les rectorats de l’ULB et de l’UCL ont été occupés par des étudiants, soutenus par certains travailleurs, chercheurs et académiques des universités concernées ainsi que par différentes associations, pour protester contre la hausse décidée du minerval des étudiants étrangers hors Union européenne.


Cette occupation constituait, à ce moment, le point d’orgue d’une lutte commencée début 2016 et engagée contre la décision des recteurs francophones belges d’augmenter en deux temps le minerval des étudiants étrangers non originaires de l’Union européenne ou d’un pays considéré comme « moins avancé ». Ce minerval a d’abord été augmenté de 2.758 à 4.175€ à la rentrée 2016 et pouvait passer ensuite à plus de 12.000€. Pour plus d’informations, vous pouvez notamment vous référer à cet article de l’observatoire belge des inégalités : http://inegalites.be/L-augmentation-du-minerval-des Les étudiants jugent cette augmentation injuste et inutile, alors que les autorités universitaires la justifient par le besoin de refinancement de l’enseignement supérieur : https://uclouvain.be/fr/decouvrir/presse/actualites/occupation-du-rectorat-de-l-ucl.html


Dans le traitement de l’occupation des rectorats, la tranche matinale d’information de « La première » a fait preuve d’un parti-pris fort allant dans le sens d’une justification de cette hausse du minerval. Ainsi, en dehors des informations factuelles données au sein des journaux parlées, les trois seules analyses et interviews ayant traité de cette problématique retiennent notre attention.


Premier acte, la chronique de Michel Gassée dans la rubrique écomatin du 26/04, intitulée la « guerre économique des universités » (tout un programme) et traitant de « l’industrie des études supérieures » (sic), à travers le recensement d’un article de la revue « regards économiques » intitulé « La mobilité internationale des étudiants : causes et déterminants » et une interview de son auteur. Cet article et son auteur défendent l’idée d’une augmentation du minerval des étudiants étrangers, afin de participer au refinancement des universités et au maintien de leur rang au niveau international. Cette séquence est problématique pour plusieurs raisons : en premier lieu, il n’est jamais fait mention que l’auteur de l’étude est lui-même chercheur à l’UCL (tout comme la revue regards économiques elle-même, qui est éditée par l’UCL) et donc éventuellement partie-prenante dans le conflit en cours. Deuxièmement, ce conflit, pourtant très médiatisé, n’est même pas signalé dans la séquence et aucune vision contradictoire n’est proposée par le journaliste, son confrère ou un autre intervenant. En troisième lieu, le journaliste avance l’idée d’un refinancement des universités belges par le biais d’un minerval plus élevé pour les étudiants étrangers comme si elle allait de soi. Pourtant, cet argument est mis à mal depuis plusieurs mois (voir notamment l’article de l’observatoire des inégalités). Les chiffres publiés par les universités quant au montant attendu de ces hausses confirment ce faible revenu à en attendre, quelques centaines de milliers d’euros par an soit moins d’un demi-pourcent de leur budget. On peine à imaginer un refinancement large basé sur une telle somme... La RTBF choisit pourtant de reprendre aveuglément les arguments d’un chercheur, dont l’analyse, très orientée aurait pu être traitée autrement, par exemple comme dans La Libre, qui laisse la place à un contradicteur.


Deuxième moment fort, l’interview de Maxime Mori, président de la Fédération des Etudiants Francophones (FEF), opposée à la hausse du minerval, le 27/04, dans la rubrique « Le + de matin première ». Si cette rubrique laisse la parole aux opposants à la hausse, on remarquera que contrairement à la rubrique de la veille, Maxime Mori devra justifier et défendre sa position relativement à l’article de la revue Regards économiques présenté la veille, puisque le journaliste lui opposera les arguments exposés dans cet article.
Troisième acte et apothéose de ce traitement biaisé, la rubrique « le point de vue de Pierre-Yves Millet », le matin du 2 mai suivie de l’interview du vice-recteur aux affaires étudiantes de l’UCL. Dans un premier temps, la parole est donnée à Pierre-Yves Millet, journaliste de l’émission, qui défend l’idée que l’action des étudiants est disproportionnée par rapport aux enjeux (un article sur base de cette chronique a d’ailleurs été publié sur le site la RTBF). « Coup de force », « Le couteau sous la gorge », « étudiants frustrés », « improvisation totale », « pourquoi cette excitation » « le jeu en vaut-il la chandelle » « personne ne sortira gagnant d’un tel bras de fer », les propos à l’encontre des étudiants occupants sont durs, voir moqueurs et dénigrants puisque la chronique s’ouvre sur « ce n’est pas pour rallonger la durée de l’ouverture des cercles » et parle d’étudiants « horripilés » par la hausse du minerval ... Par contre, à aucun moment il n’est fait mention de l’autre métier de Pierre-Yves Millet, professeur de journalisme à l’UCL... . Une partie-prenante au conflit à nouveau non présentée comme telle, ça devient une habitude. On passera outre l’erreur factuelle, le journaliste évoquant une pause de l’occupation durant le weekend, qui suggère que les étudiants se sont reposés, alors que l’occupation a été continue du 20 avril au 2 mai. Pour contredire ce parti pris assez clair, l’émission choisit alors d’interviewer longuement (6 minutes à comparer aux 3.5 laissées au représentant de la FEF)... le vice-recteur aux affaires étudiantes de l’UCL. Après deux premières questions acerbes, « la mobilisation n’est-elle pas exagérée par rapport à l’enjeu ? » et « n’y-a-t-il pas une stratégie du pourrissement de la part des organisations étudiantes ? », le représentant de l’équipe rectorale de l’UCL, défenseur de la hausse, pourra expliquer et justifier doctement les raisons expliquant la hausse du minerval, sans intervention d’un contradicteur, bien sûr.

Ainsi, en trois rubriques, La Première aura réuni un nombre assez remarquable de traitements biaisés de l’information : présentation incorrecte ou incomplète des intervenants, déséquilibre dans les temps laissés aux uns et aux autres, place très faible laissée à la contradiction, reprise non critique d’arguments biaisés et connus comme tels, erreurs factuelles... Ces choix éditoriaux relèvent-ils d’un parti-pris délibéré, d’une négligence ou d’un manque de temps ? Nous vous laisserons seuls juges.
Pour la petite histoire, le conflit se terminera le 3 mai, sur un compromis : un élargissement de la liste des pays les moins développés, dont les étudiants ressortissants ont le droit de s’inscrire au même coût que les étudiants belges (835€), le blocage du minerval des étudiants issus des pays en voie de développement à 4.175€ pendant 5 ans au lieu d’une hausse à plus de 12.000€ prévue à la rentrée 2017. Il semble donc que pour les étudiants, le « jeu en valait la chandelle » (voir notamment à ce propos l’analyse de l’Union syndicale étudiante)...

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Maxime

Un optimiste est celui qui plante deux glands puis va s'acheter un hamac

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