Compteurs communicants

Les compteurs communicants sont des compteurs de consommation de gaz ou d'électricité qui permettent un ensemble d'opérations à distance : relevé de la consommation en temps réel (on saura ainsi quand vous allumez votre four, quand vous prenez un bain, ...), ouverture et fermeture, activation du prépaiement, limitation de consommation, application de tarifications complexes comme en téléphonie…

Mais quels sont les avantages et inconvénients de ces compteurs ?

Pour les fournisseurs d’énergie, l'intérêt est double :
D'abord, par la possibilité de connaître en temps réel la consommation de chaque ménage, ces compteurs permettent de prévoir à l’avance les consommations et donc d'acheter au meilleur prix, c'est-à-dire anticipativement, sur le marché de gros. Un peu comme vous achetez des mois à l'avance votre billet d'avion.
L'autre avantage est de permettre l'application très juteuse de tarifications « dynamiques », comme pour les télécoms.

Les GRD (Gestionnaires de Réseau de Distribution : Sibelga, Ores, …) verront leurs frais de personnel réduits puisqu'ils auront la possibilité de réaliser à distance des opérations comme l'ouverture et la fermeture des compteurs, le relevé de consommation, la limitation de puissance etc.

Pour les fabricants de compteurs, l'intérêt est évident. Et énorme : 200 millions de compteurs en Europe, cela représente un marché de 40Mia€. On comprend le forcing mené par le lobby des fabricants (ESMIG, European Smart Meetering Industry Group) auprès de la Commission Européenne, et la complaisance de celle-ci, pour imposer ces compteurs.

Et pour les consommateurs ?
Il y a d'abord une perte de contrôle de la tarification. Comme pour les télécoms, l'immense majorité des consommateurs sera obligée de « faire confiance » lors du choix de la formule tarifaire. Et comme le montre l'expérience (banques et télécoms, par exemple), ces tarifications « dynamiques » sont rarement à l'avantage des ménages.
Ensuite, le coût du déploiement (40Mia€ en Europe, soit en moyenne 200€ par compteur) sera à charge du client. En outre, ces compteurs sophistiqués ont une durée de vie (10 à 15 ans) nettement inférieure à celle des compteurs mécaniques (35 ans). Au total, il en coûtera entre 30 et 50€ par an pour le client final.
Il y a aussi une véritable menace pour la vie privée puisque ces compteurs sont de « véritables aspirateurs à données [… qui permettent] de traquer les usages de l’électricité, de repérer des corrélations et d’en dégager des tendances émergentes, d’élaborer des profils de foyers et de
consommateurs, et in fine d’en faire les objets d’une publicité de plus en plus ciblée et adaptée. » (1) Publicité ou propagande, comme lors de la dernière campagne présidentielle aux USA.
Il y a également la fragilité démontrée au piratage de n'importe quel système informatique partagé, ou les pannes et autres dysfonctionnements qui peuvent provoquer des erreurs de facturation.
Il y a enfin les risques pour la santé. Les conséquences nocives des ondes électromagnétiques commencent à inquiéter (voir notamment l'Association pour la reconnaissance de l'électro-hypersensibilité).

Et tout cela pour quel bénéfice ?
La Commission Européenne parle d'une économie d'énergie de 10 à 15 % mais les hypothèses de calculs (échantillons trop réduits, choix de consommateur-type non représentatif) discréditent ces études.
D'autres études, indépendantes de la Commission et des fabricants, parlent plutôt d'une économie de 2 à 4 % dans le meilleur des cas, c'est-à-dire « quand les consommateurs
sont clairement informés du fonctionnement des appareils.  En chiffre, cela correspond à une économie de 15 à 30 euros par an». (1) A condition de ne pas tenir compte de l'imagination des concepteurs des « tarifications dynamiques ».

Un des arguments utilisés par la Commission pour justifier le déploiement de ces compteurs « est qu’ils seraient indispensables pour introduire de la flexibilité au niveau de la demande (consommation), flexibilité qui serait elle-même requise en vue d’intégrer sur le réseau davantage d’énergies renouvelables, par nature plus variables et moins prévisibles
(conditions météo, etc.). » (1) Superbe green washing car, « si le but est d’avoir plus d’infos, un compteur par branche (pour un quartier, un immeuble) suffit ». Il n'est pas nécessaire de pister chaque consommateur individuel.

Bref, en 2012, quand la directive européenne imposant les compteurs communicants a été adoptée, la Belgique avait fait usage d'une possibilité de dérogation en se basant « sur les résultats négatifs des analyses coûts-bénéfices réalisées dans les trois régions du pays. En Région wallonne, l’étude de la CWaPE avait conclu qu’un déploiement généralisé des CI présenterait un bilan négatif de 186 millions d’euros et des coûts de 2,2 milliards d’euros, supportés principalement par les consommateurs ! » (2)

Cette évaluation négative est confirmée par la Cour des Comptes française qui, dans un rapport récent, a été particulièrement sévère à l'égard de cette technologie qui présente un surcoût mais aucun bénéfice tangible pour les ménages.

Et aujourd'hui, qu'en est-il ?

Le 20 juillet 2018, le Parlement bruxellois a adopté le projet d'ordonnance permettant le déploiement des compteurs communicants. Voici le détail du vote :

 Ont voté pour:

Le CDH: Benoît Cerexhe - Julie de Groote - Serge de Patoul - André du Bus de Warnaffe - Ahmed El Khannouss - Hamza Fassi-Fihri - Pierre Kompany - Bertin Mampaka Mankamba - Joëlle Milquet

DéFI: Eric Bott - Bernard Clerfayt - Michel Colson - Emmanuel De Bock - Marc Loewenstein - Joëlle Maison - Martine Payfa - Caroline Persoons - Fatoumata Sidibé - Michaël Vossaert

Le PS: Mohamed Azzouzi - Michèle Carthé - Ridouane Chahid - Caroline Désir - Bea Diallo - Ahmed El Ktibi - Nadia El Yousfi - Isabelle Emmery - Jamal Ikazban - Véronique Jamoulle - Hasan Koyuncu - Zahoor Ellahi Manzoor - Catherine Moureaux - Mohamed Ouriaghli - Emin Özkara - Charles Picqué - Sevket Temiz - Julien Uyttendaele - Kenza Yacoubi

Le CD&V: Paul Delva - Brigitte Grouwels

OpenVLD: Els Ampe - René Coppens - Carla Dejonghe - Stefan Cornelis - Khadija Zamouri

sp.a: Fouad Ahidar - Hannelore Goeman - Jef Van Damme

Ont voté contre:

MR: Françoise Bertieaux - Alain Courtois - Olivier de Clippele - Armand De Decker - Anne-Charlotte d'Ursel - Vincent De Wolf - Dominique Dufourny - Abdallah Kanfaoui - Marion Lemesre - Jacqueline Rousseaux - Gaëtan Van Goidsenhoven - David Weytsman

NVA: Liesbet Dhaene, Cieltje Van Achter - Johan Van den Driessche

Se sont abstenus:

ECOLO: Céline Delforge - Zoé Genot - Evelyne Huytebroeck - Alain Maron - Arnaud Pinxteren - Magali Plovie - Viviane Teitelbaum - Barbara Trachte

PTB: Mathilde El Bakri - Claire Geraets - Youssef Handichi - Michaël Verbauwhede

Groen: Bruno De Lille - Annemie Maes - Arnaud Verstraete

Vlaams Belang: Dominiek Lootens-Stael

______________________

(1) Compteurs intelligents : un nouvel outil de pouvoir sur autrui ? par Anaïs Trigalet, in Démocratie mai 2017 (http://www.revue-democratie.be/index.php/environnement/energie/1241-energie-compteurs-intelligents-un-nouvel-outil-de-pouvoir-sur-autrui )

(2) Compteurs communicants : une belle victoire d'étapeI par Anaïs Trigalet in Démocratie, Juin 2018.

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Maxime

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