Le fond de l'affaire


 

Attentats : on aimerait comprendre.
Madrid, Paris, Nice, Londres, Bruxelles, Berlin, Barcelone … A chaque fois, le traitement des attentats par nos médias met plutôt l'accent sur l'émotion, la dramatisation, pourtant bien inutile, et rarement, pour ne pas dire jamais, sur ces réflexions, analyses ou questions  qui pourraient nous aider à comprendre, et donc à avoir la bonne réaction politique. Et pourtant, au-delà de la légitime émotion que peuvent susciter ces attentats, une réflexion s'impose pour tenter de comprendre les mécanismes qui ont conduit à ces événements dramatiques car on aimerait comprendre ce qui se cache derrière les apparences.

Voici quelques questions qui viennent à l'esprit à partir des rares informations qui ont perlé dans nos médias, belges et étrangers.
1. En se limitant au XXe siècle, toutes les organisations politiques qui ont eu recours au terrorisme avaient un objectif clair et raisonnable pour ne pas dire réaliste (indépendance de l'Irlande, création d'un Etat d'Israël en Palestine, indépendance de l'Algérie, du Pays Basque, …) et des cibles logiques par rapport à l'objectif. Quel est l'objectif « raisonnable et réaliste » de DAESH ?
2. Les dirigeants de DAESH ont été capables de mettre rapidement sur pied une administration efficace des territoires sous leur contrôle. Ils ne sont donc pas des imbéciles. Ils savaient qu'en commettant des attentat crapuleux dans différents pays de l'Union, ils allaient provoquer, voire intensifier, des réactions qui les conduiront à leur perte. Pourquoi ont-ils commis un acte manifestement aussi contraire à leurs intérêts stratégiques? Est-ce réaliste de faire de la vengeance et de la punition les seuls moteurs de ces actions ?
3. Jusqu'à ce qu'il ait accès à des financements « économiques » (pétrole, trafics d'objets d'art, traite d'êtres humains, « impôts »), DAESH n'a pu exister sans l'aide de généreux donateurs, dont les principaux sont, selon la presse internationale, l'Arabie Saoudite et le Qatar. A en croire la presse internationale toujours, ces financements continuent d'être significatifs, même s'ils ne représentent plus que quelques pour-cents dans la manne dont bénéficie DAESH. Qu'a-t-on fait et que fait-on pour mettre un terme à ces financements ? Pourquoi ne pas mettre sous séquestre les avoirs des pays qui financent ou ont financé DAESH, comme on l'a fait, dans d'autres contextes, pour Cuba, l'Iran, la Russie, ... ?
4. Des journaux turcs ont prouvé, photos et témoignages à l'appui, que les services secrets turcs livraient armes et munitions à DAESH. La Turquie est membre de l'OTAN et plus ou moins candidate à l'Union Européenne. Que font l'Union et ses gouvernements ? Que font les USA ?
5. Une des principales ressources de DAESH provient de la vente du pétrole qu'il tire des puits sous son contrôle. Or, d'après les déclarations de Loïk Le Floch-Prigent, ex-PDG de Elf, sur France Inter, un pétrole a une carte d'identité : on sait toujours d'où il vient. Pourtant, le pétrole de DAESH, mise à part la partie qu'il vend à Bachar El Assad (!), n'apparaît sur aucun marché. C'est donc qu'il a été mélangé pour en dissimuler l'origine. Toujours d'après Le Floch-Prigent, cela ne peut se faire que dans deux pays : l'Arabie Saoudite et la Turquie. Selon la presse internationale, il semblerait que le clan Erdogan tire de juteux bénéfice de ce trafic. Que font nos Autorités ?
6. Depuis le XIXe siècle, le Moyen Orient est l'enjeu d'une sévère compétition entre grandes puissances pour le contrôle de cette région stratégique. Aujourd'hui, aux confins des empires russe, anglo-saxon et chinois, cette région est plus que jamais l'objet de toutes les convoitises. Le « grand jeu » a repris dans les années 1970, à l'initiative des USA qui, avec l'aide d'une importante famille saoudienne, ont mis sur pied des groupes de guérillas menaçant le gouvernement pro-soviétique à Kaboul. La menace a conduit l'Armée Rouge à intervenir. On connaît la suite. Dans le cadre de cette compétition géostratégique, des rivalités régionales se manifestent. Quelles sont les implications des différents pays (USA, Russie, Chine, Arabie Saoudite, Iran, Qatar, Irak, Turquie, Syrie, …) dans les catastrophes qui frappent la région depuis 40 ans ? Quel est le rôle de DAESH dans ces conflits ? Quels intérêts, éventuellement contradictoires, sert-il ?
7. DAESH recrute ses effectifs parmi les jeunes musulmans radicalisés. En dehors de considérations socio-économiques, les sources bien connues de radicalisation sont les mosquées et internet. L'émission Questions à la Une(1) de la RTBF l'a bien montré. Au lieu de lutter contre ces sources de radicalisme – ce qui contribuerait à une solution à long terme - , le gouvernement préfère prendre des mesures qui portent atteinte à nos libertés fondamentales et sont d'une efficacité douteuse contre le terrorisme (les militaires présents dans les rues ou le hall des départs de l'aéroport ont-ils empêché l'attentat de Zaventem ou la manifestation de hooligans à la Bourse?). Pourquoi ?
8. Selon le Ministre Rachid Madrane (déclaration sur France Inter), le problème de la radicalisation en Belgique vient de ce que les Autorités belges ont « donné les clés des mosquées » à l'Arabie Saoudite au moment de la crise pétrolière de 1973. Sans souscrire de manière inconditionnelle à cette déclaration, force est de constater que, progressivement et sous l'emprise de mosquées « saoudiennes », l'islam « belge » est devenu plus « catholique que le pape », plus rétrograde et obscurantiste qu'il ne l'est au Maroc par exemple. Ce rôle néfaste de l'Arabie Saoudite est donc connu. Que fait le gouvernement ?
9. L'autre source de radicalisation est internet. Or, un site doit nécessairement être hébergé pour être accessible. Retrouver l'hébergeur et ses serveurs informatiques ne doit pas être une tâche insurmontable. Ces serveurs ont une adresse physique. Pourquoi ne prend-on aucune sanction à l'égard des pays qui abritent ces serveurs ?
10. Des attentats de New York à ceux de Barcelone, en passant par Berlin, Londres, Madrid, Paris, Nice et Bruxelles, la réponse des Autorités, dans tous les pays concernés, a été systématiquement de réduire les libertés fondamentales et non de lutter efficacement contre ce phénomène au point qu'on en arrive presque à se demander si la peur n'est pas simplement un mode de gouvernement. Finalement, à qui profite le crime ?
11. Dans son numéro du 18 mars 2016, l'émission Questions à la Une (1) de la RTBF expliquait
- qu'en Belgique, moins d'un tiers des mosquées étaient reconnues par l’État belge, que les autres étaient dans la plus complète illégalité (non publication des comptes annuels – qui permettrait de savoir exactement d'où vient l'argent et où il va – et des administrateurs comme l'exige la loi pour toutes les ASBL),
- que ces mosquées et certaines librairies qui leurs sont liées professent des idées contraires aux lois belges,
- que les imams des mosquées « turques » sont des fonctionnaires de l’État turc (!) qui les paie et auquel ils doivent rendre des comptes.
Cette situation est bien connue des Autorités belges qui se réfugient dans un silence embarrassé quand la question est abordée (voir, notamment, la réaction du ministre Koen Geens à la question de la journaliste). Comment expliquer une telle pusillanimité du gouvernement face à cette situation ?
12. Par son émission « Questions à la Une », la RTBF a montré qu'elle était capable d'un réel travail journalistique et de faire autre chose que dramatiser des événements qui n'en ont vraiment pas besoin. Pourquoi le traitement de l'actualité au jour le jour ne bénéficie-t-il pas du même travail journalistique ?

 

(1) Emissions du 18 mars 2016 (https://www.rtbf.be/auvio/detail_qui-finance-l-islam-en-belgique?id=2093228) et du 30 mars 2016 (https://www.rtbf.be/auvio/detail_qui-finance-l-islam-en-belgique?id=2096230)

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