Le fond de l'affaire


 

Le clan Erdogan, pétrole et terrorisme

Médiapart a publié le 21 mai dernier un article très intéressant sur le régime Erdogan en Turquie. Cet article de Rosa Borlin est intitulé « Argent du pétrole, énergie et médias : le gendre d'Erdogan est une clé du régime. ». Il dévoile les dessous pas très propres du régime.

Berat Albayrak, le gendre de Erdogan, nommé ministre de l'énergie à 37 ans, est le bras droit du président Recep Erdogan. Certains le considèrent même comme son dauphin. Ceci explique sans doute pourquoi il bénéficie d'une incroyable protection, y compris de la Justice et de la police turques. Des journalistes sont en prison pour avoir révélé les secrets de famille. Des sites comme Wikipedia ou Wikileaks sont bloqués en Turquie car ils ont diffusé des informations compromettantes pour le régime. Les voici.
Le 28 septembre 2016, des pirates informatiques turcs publient 50.000 courriels de B. Albayrak. Les sites où ces documents sont disponibles (Dropbox et Google drive) sont immédiatement bloqués par les autorités et des « suspects » sont interpellés.
Le 5 décembre 2016, c'est au tour de WikiLeaks de publier un dossier compromettant. Le 25 décembres, 6 journalistes sont interpellés accusés de propagande en faveur d'organisations terroristes, 3 sont toujours en prison. Le 14 février dernier, le correspondant turc du quotidien allemand Die Welt est à son tour emprisonné dans le cadre de la même enquête.
Depuis le 24 avril, l'organisme turc de contrôle de l'internet bloque le site Wikipedia, coupable d'avoir publié deux articles consacrés aux « interventions étrangères dans la guerre civile syrienne » et « au terrorisme soutenu par l’État » et dans lesquels il est fait état du rôle du clan Erdogan dans la contrebande du pétrole de Daesh.
Déjà fin 2014, le sous-secrétaire américain pour le terrorisme et le renseignement financier, David Cohen, faisait état d'un trafic aux acteurs multiples et aux responsabilités diluées précisant que « l'EI vendait du pétrole à un prix sensiblement réduit à toutes sortes d'intermédiaires, dont certains en Turquie. »
en décembre 2015, le vice-ministre russe de la défense avait accusé, photos à l'appui, Erdogan et sa famille de servir d'intermédiaire dans la contrebande de « pétrole volé [par Daesh] à ses propriétaires légitimes en Syrie et en Irak. »
Les courriels dévoilés par les pirates et WikiLeaks viennent confirmer les déclarations américaines et les accusations russes.
Or, il se fait qu'une seule société turque, Powertrans, a obtenu l'autorisation des autorités turques de transporter du pétrole à travers tout le pays. Mais, comme le note Médiapart, « dans les documents officiels de Powertrans, Berat Albayrak n'existe pas [...]. Les parts de l'entreprise se répartissent à 50/50 entre Grande Fortune Ventures et Lucky Ventures, deux sociétés basées à Singapour, elles-mêmes détenues par Anden ENterprises Ltd et Benton Invest Tech Ltd, basées aux Îles Vierges britanniques. » Toutefois, c'est à Albayrak que l'on demande de décider de l'organisation hiérarchique de Powertrans, du recrutement du personnel, des salaires... comme le démontre les dossiers publiés par les hackers et WikiLeaks.
Le correspondant turc du quotidien Hürriyet à Washington a été licencié pour avoir osé demander au gouvernement de s'expliquer sur ces révélations.

Car Berat Albayrak est aussi actif dans les médias. En 2007, PDG d'une entreprise créée par un ami de son beau-père, il se porte acquéreur d'un groupe médiatique saisi par les autorités et qui comprend « la chaîne de télévision grand public ATV, le quotidien à grand tirage Sabah ainsi que trois autres journaux, une radio et quatre magazines. » Au moment de l'enchère, en décembre 2007, il n'y a que la société de Albayrak qui est en lice et emporte « l'enchère » grâce à un apport de deux banques publiques turques et d'une société publique d'investissement du Quatar...
En 2013, Albayrak cède ATV et Sabah à une société proche du gouvernement dans des conditions qui déclenche une enquête judiciaire de 15 mois au terme de la quelle le juge d'instruction met nommément en cause Albayrak, le fils cadet de Erdogan et l'actuel premier ministre, et délivre des mandats d'arrêts contre plusieurs dizaines de suspects. La police refuse de procéder aux arrestations et le parquet, « remanié », classe l'affaire en septembre 2014.
Les courriels révélés par WikiLeaks démontrent aussi les liens étroits entre Albayrak et le PDG d'un groupe de presse en principe indépendant, Dogan Media Group, qui, à partir de 2016, soutient activement la politique de l'AKP, le parti du président Erdogan. Appui qui va jusqu'au licenciement du rédacteur en chef du quotidien Hürriyet jugé trop hostile au gouvernement.

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