Le fond de l'affaire


 

Europe: Recommencer à neuf

L'Espresso a publié un entretien intéressant avec Giscard d'Estaing à propos de l'Europe. Giscard y rappelle ses souvenirs de la construction européenne, analyse son évolution. En voici une synthèse.


Lors de la création de la CEE en 1957, l'ambition était de rétablir la paix et de refaire de l'Europe une puissance mondiale tant sur le plan économique que politique, du même niveau que les USA ou l'URSS. Déjà dans son discours fondateur de la CECA (9 mai 1950), Robert Schuman considérait qu'une fédération européenne devait avoir une organisation politique.
Giscard et Helmut Schmidt avaient les mêmes vues sur l'Europe. Cette unité de vue leur a permis comme dirigeants des deux principaux pays de faire avancer le projet européen. Ils voulaient une Europe à 9, les pays fondateurs plus le Royaume Uni, l'Irlande et le Danemark. Mais aujourd'hui, à 28, l'Europe est ingouvernable et n'est pas gouvernée.
60 ans plus tard, l'Europe est considérée comme une méchante belle-mère, et non, bienveillante et protectrice. Pourquoi ?
Jusqu'à la chute du Mur de Berlin, l'Europe a été relativement homogène et pouvait prendre des décisions communes. Depuis, et particulièrement depuis l'élargissement aux pays de l'est-européen, il existe deux Europe. La première, que l'on retrouve dans la zone Euro, est composée des pays fondateurs. Leur ambition s'est traduite dans le Traité de Maastricht (1992). La seconde est celle que nous appelons Union européenne composée de 28 pays. Mais les derniers pays à rejoindre l'Europe étaient plus pauvres. Lors des négociations, ils ont cherché uniquement des avantages économiques et nous avons oublié de leur rappeler que l'Europe était aussi un projet politique.
Si les pays fondateurs ont mis 30 ans pour arriver à une union économique avec des aspirations politiques, il était absurde d'intégrer immédiatement les pays de l'Est. Ils auraient dû s'associer en restant indépendants pendant une quinzaine d'années, le temps pour eux de créer les conditions nécessaires (institutions politiques, économiques, ...) à leur intégration. L'élargissement rapide a été une erreur politique. Romano Prodi, en acceptant un élargissement important sans aucune réforme a commis une erreur historique qui a jeté les bases des problèmes que nous connaissons aujourd'hui. Cette erreur a été commise par faiblesse politique : les USA et le Royaume-Uni voulaient un élargissement rapide et même intégrer la Turquie afin d’affaiblir l'Europe pour qu'elle reste une zone de libre échange et ne devienne pas une puissance économique et politique.
De ce point de vue, le Brexit n'est pas un problème : « Depuis 1991, au Conseil européen de Maastricht, le Royaume-Uni s'est placé en marge du système. Il n'a jamais voulu accepter la monnaie unique et a voulu être exonéré de la plus grande partie des politiques européennes. Par conséquent, son départ ne fait pas une grande différence pour l'Europe. [...Lors des négociations de sortie,] il ne faudra pas accepter que le Royaume-Uni conserve les mêmes avantages qu'il avait au sein de l'Union». Giscard est même très sévère dans ce domaine : il considère que les négociations doivent être bouclées avant les élections européennes de 2019 qu'il y ait ou non accord entre les parties.
La solution proposée par Giscard à tous ces problèmes est un accord entre les six pays fondateurs et l'Espagne, le Portugal et l'Autriche (mais pas la Grèce dont les problèmes d'endettement sont rédhibitoires !) en vue d'unifier leurs systèmes économiques (budget, fiscalité, endettement). Par contre, ils conserveraient leurs politiques nationales propres dans des domaines comme la culture, l'éducation, la santé et le droit. Une harmonisation de la fiscalité sur les revenus, le travail et le patrimoine pourrait être entammée rapidement et en moins de 10 ans permettre également une mise en commun des endettements. Il précise toutefois que l'harmonisation des systèmes économiques nécessite également l'harmonisation des systèmes de sécurité sociale. En outre, « il est clair que l'économie n'est pas la seule finalité de l'Europe. Il faut aussi ajouter au plus vite une défense et une sécurité communes. »
Sur le plan de l'Europe politique, Giscard rappelle qu'il a été, avec Helmut Schmidt, à l'origine du Parlement européen mais que, dans leur conception, ce parlement devait rester consultatif dans le cadre des travaux de la Commission. Giscard concède toutefois un parlement à sa zone « Europe », mais plus réduit, composé de 2/3 de parlementaires nationaux et de 1/3 de parlementaires européens et ayant son siège à Strasbourg.
Enfin, considérant le succès des grands projets aéronautique et spatial européens (fusée Ariane, Airbus) avec les retombées positives en dehors de la sphère purement industrielle, il propose de lancer deux ou trois projets de développement commun dans des domaines-clés comme le secteur médical ou le secteur informatique.

Commentaires.
Giscard reste accroché à une vision très libérale de l'Europe, conception dont les Européens semblent bien ne plus vouloir. Il parle beaucoup de l'absence de dimension politique dans la construction européenne mais, significativement, aucune des pistes de solution qu'il envisage ne sort réellement de la sphère économique à l'exception d'un parlement qu'il souhaite réformer. Et même, dans ce cas, sa vision est bien peu celle d'un citoyen européen : le parlement « européen » serait composé aux 2/3 de parlementaires nationaux et de 1/3 de parlementaires directement élus par les citoyens. Il ne touche pas à la structure institutionnelle actuelle avec une Commission sans légitimité démocratique (nommée par les partis au pouvoir dans les différents Etats Membres ), un Conseil lieu d'opposition des nationalismes des Etats Membres (d'où l'ingouvernabilité de l'Europe dont se plaint Giscard) et qui partage le pouvoir législatif avec un Parlement qu'il veut largement renationaliser.
Tout cela fait penser à cette définition que Léo Tindemans donnait des institutions européennes : « le placard doré des politiques nationales ».
Ajoutons y l'absence de la politique étrangère, de l'environnement et de tout ce qui fait une puissance politique... dans le projet giscardien et on peut alors se poser légitimement la question de savoir comment notre Europe pourrait redevenir une puissance politique au même niveau que les USA ou la Chine avec les recettes de Giscard d'Estaing.
Au total, des critiques pertinentes des institutions européennes auxquelles les solutions proposées ne répondent pas suffisamment.
Finalement, on se demande si le but de tout ce discours, en dehors de l'auto-glorification, n'est pas de briser une lance en faveur d'un retour du parlement à Strasbourg ! Rappelez moi la nationalité de M. Giscard d'Estaing?
Source : L'Espresso, 19 mars 2017, « Ricomincio da nove », Federica Bianchi

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