Le fond de l'affaire


 

L'affaire Carlos Goshn

Carlos Ghosn, patron de Renault et Nissan, est mis en garde à vue le 19 novembre à Tokyo pour fraude fiscale et vol. Il aurait dissimulé la moitié de ses revenus pendant des années et utilisé l'argent de l'entreprise à des fins personnelles, notamment pour s'acheter deux villas, à Rio et à Beyrouth. A partir de ces faits, Christian Chavagneux proposait le 20 novembre dernier sur le site d'Alternatives Economiques, quelques réflexions intéressantes.

Selon Ch. Chavagneux, il faudrait se garder de tomber dans trois clichés :
Les forbans des affaires
Il s'agirait d'un comportement délictueux d'un « outsider », quelqu'un qui n'appartient pas à la corporation des grands patrons mais vient de l'extérieur. Cela ne marche pas pour Goshn qui « dirige sa première usine à l'âge de 26 ans et n'a de cesse de grimper dans la hiérarchie des grandes entreprises. »
La brebis galeuse
Les patrons sont honnêtes : ils respectent la loi. Goshn est l'exception qui confirme la règle. Serge Dassault, Bernard Tapie, … et bien d'autres démontrent le contraire.
Patron = pourri
Non pas qu'ils soient tous fraudeurs, loin de là, mais ils refléteraient l'amoralité du néolibéralisme contemporain. L'histoire nous apprend que ces pratiques frauduleuses avaient déjà cours chez les puissants dans le passé (Fouquet au XVIIe s., Law au XVIIIe). En fait, « toutes les classes privilégiées et puissantes ont utilisé leur pouvoir au profit de leur égoïsme » (John Stuart Mill, Principes d'économie politique, 1848).

Généralement, pris la main dans la caisse, le personnage se défend en prétendant qu'il a été contraint, qu'on l'aurait obligé. Dans le cas de Goshn, ça ne marche pas : il avait quasi tous les pouvoirs.
Une autre ligne de défense est le « tout le monde le fait ». Cela en dit long sur la moralité de ces personnages mais aussi de certains commentateurs économiques comme Dominique Seux (journaliste au quotidien Les Echos) qui, dans sa chronique quotidienne sur France Inter, a osé dire : « Finalement, ce qu'on reproche à Carlos Gohsn est courant au Japon » ! C'est presque : quelle histoire pour un peu d'argent !
Et si ces deux lignes ont été percées, il reste la troisième qui voudrait que les lois et règlements sont tellement étouffants qu'il n'y a pas moyen de ne pas les enfreindre si on veut « créer de la valeur ». Bref, même quand on bénéficie d'un revenu annuel de près de 15Mio€, revenus cumulés de Goshn chez Nissan et Renault, on n'a pas d'autre issue que de piquer dans la caisse des contribuables et des actionnaires.

En réalité, cet épisode est révélateur d'un phénomène classique et profond : la sécession des élites. Les riches vivent dans un autre monde et plus personne n'intervient pour contenir leur cupidité. Le résultat en est une révolte sociale qui gronde contre les « élites ». Ou le rejet de l'étranger.

Source : Les trois premières leçons de l’affaire Carlos Ghosn, Christian Chavagneux in Alternatives Economiques

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