Le fond de l'affaire


 

Pensions : encore et toujours expliquer les hypocrisies, mensonges et autres fausses évidences.

C'est ce que fait très bien Patrick Feltesse qui commence par rappeler que le Comité d’étude sur le vieillissement estimait, dans son rapport 2014, la hausse des dépenses sociales d’ici 2060 à 4,2 % du PIB. De son côté, le gouvernement tablait, en 2016, sur une croissance économique modérée de 1,5 % en moyenne par an, ce qui cumulé sur 44 ans donne, en 2060, un PIB qui aura pratiquement doublé (+95%). Autrement dit, avec l’augmentation du gâteau liée à la croissance cumulée, financer les pensions n’a donc rien d’irréaliste.


Et pourtant, les gouvernements Di Rupo et Michel ont décidé des mesures visant à freiner l'augmentation du coût des pensions, notamment par l'allongement des carrières, mesures qui toucheront surtout les chômeurs et les travailleurs en incapacité de travail et en invalidité. Ces mesures, et particulièrement le relèvement de l’âge légal de la retraite à 67 ans décidé par le gouvernement Michel, auront mécaniquement comme effet d'augmenter le chômage, soit des travailleurs âgés à l'égard desquels les discriminations ne faiblissent pas, soit à l'égard des jeunes qui verront leurs opportunités d’emploi réduites, au détriment de leur pension future. Ces mesures vont également vraisemblablement susciter des dépenses accrues d'invalidité et de soins de santé.

Comme d'habitude, le gouvernement, à l'instar de ses prédécesseurs, met l'accent sur le coût « impayable » des pensions dû au baby-boom et à l'augmentation de l'espérance de vie, en passant gentiment sous silence la diminution des recettes due au chômage et à toutes les exonérations de cotisations sociales dont ont bénéficié les employeurs.

Autre fausse bonne idée : le système de pensions à points. Tel qu'il est conçu, il ne permet pas de calculer le montant de sa pension future ! Vous cotisez chaque année en mettant de côté une partie de votre salaire mais à aucun moment on ne pourra vous dire quelle sera votre pension compte tenu de ce que vous avez déjà « mis de côté ». En effet, votre pension ne sera pas basée seulement sur vos cotisations, la valeur de celles-ci sera pondérée par le salaire moyen parmi les travailleurs du régime l'année où vous prendrez votre pension.

Tout cela amène P. Feltesse à se demander si le but poursuivi n'est pas de saper la confiance dans la pension légale pour « inciter » les travailleurs à recourir davantage aux couvertures privées (les assurances groupe ou l'« épargne pension »). Tout bénéfice pour les banques évidemment, surtout l’épargne pension qui n’est qu’une faculté de déduction fiscale. Mais tous ces systèmes privés représentent un énorme manque à gagner fiscal et en cotisations. D'où la proposition de P. Feltesse d'instaurer une cotisation sur l'assurance groupe pour financer la pension légale tout en limitant le développement de la privatisation du secteur et l'extension des inégalités entre futurs pensionnés.
Il suggère aussi d' « exiger la transparence la plus totale de la part du secteur des assurances sur les inégalités de couverture entre les travailleurs dans les entreprises et entre les secteurs, sur les rendements effectifs et les frais de gestion, ainsi que sur la nature des investissements ».

On pourrait ajouter que les « pensions » privées dépendent du rendement des placements réalisés par l'organisme financier, donc des performances de la bourse, et de l'honnêteté des dirigeants... Si vous ne voyez pas ce que je veux dire, allez demander aux anciens employés d'Enron ou de Maxwell.

Source : Patrick Feltesse, Pensions : cessons les contre-vérités !, in Démocratie, septembre 2016, n°9, p.5

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