Le fond de l'affaire


 

Olivier de Schutter: "On ne peut plus seulement responsabiliser le consommateur individuel"

La revue collaborative The Lancet poursuivait ce lundi l’approfondissement de sa thématique sur l’alimentation et le climat. Cette fois-ci, ce sont une quarantaine de chercheurs, et trois années de travail, qui ont mené à la publication d'un rapport faisant directement le lien entre trois maux majeurs de notre planète: l'obésité, la malnutrition et les dégâts climatiques.

Olivier De Schutter, professeur en droit international, est l'un des co-signataires de ce rapport. Rapporteur spécial du conseil des Droits de l'Homme de l'ONU pour le droit à l'alimentation entre 2008 et 2014, il est aujourd'hui membre du Comité des Droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies.

"Le rapport partait de la question de l'obésité, mais nous avons constaté que l'obésité était reliée à des problèmes plus systémiques", explique-t-il. Ces problèmes touchent directement au bien être matériel des habitants des pays en voie de développement, et ils sont aussi liés aux changements climatiques. "On a tendance à traiter ces trois problèmes comme séparés les uns des autres, et à développer des politiques qui les ciblent séparément, ajoute-t-il. Mais en réalité certaines mesures peuvent avoir une efficacité pour ces trois problèmes à la fois. Par exemple, en changeant la manière dont l'habitat urbain est organisé et en favorisant le développement de transports en commun, on favorise non seulement des modes de vie qui sont moins sédentaires, les gens recourant plus au vélo et aux transports en commun, mais on rend aussi la mobilité plus abordable pour les plus pauvres, en les connectant mieux aux emplois et à l'éducation. Et l'on réduit les émissions de gaz à effets de serre liés à l’utilisation de la voiture individuelle."

Aménager les villes, en favorisant les transports en communs permet donc, par exemple, de réduire l'obésité, d'aider les personnes les plus pauvres, et de lutter contre le changement climatique.

Le rapport publié ce lundi amène donc à prendre conscience de l'interrelation existant entre des épidémies apparemment distinctes. C'est pour cela que le terme syndémie est utilisé par les chercheurs. "Le changement climatique va signifier qu'il va être plus difficile de se déplacer d'avoir une activité physique alors que ça pourrait nous maintenir en forme; dans certaines régions on va devoir dépendre plus d'aliments importés, transformés et à longue durée de vie, au lieu que l'on s’alimente avec des produits frais qui sont produits localement. Et cela parce que les changements climatiques vont parfois rendre, dans certaines régions, problématiques les conditions de produire une alimentation propre."

Et Olivier de Schutter de résumer: le changement climatique est à la fois une conséquence de notre alimentation très énergivore, mais il aura aussi un impact sur la manière dont nous nous déplaçons et dont nous nous alimentons.

La solution pour sortir de ce cercle vicieux? Le rapport préconise des mesures structurelles, parmi lesquelles un encadrement strict de certains produits alimentaires, à l'instar des réglementations adoptées pour contrer les effets de la consommation de tabac. "Dans la nourriture, il y a des aliments qui sont à ce point nocifs pour la santé, des aliments utra-transformés, des boissons gazeuses sucrées par exemple, les snacks ou les confiseries, qu'ils méritent d'être traités comme le sont l'alcool ou le tabac. C'est à dire qu'il faut des mesures fortes de dissuasion de consommation", explique Olivier de Schutter. Ces réglementation devraient d'ailleurs également cibler la publicité pour de tels aliments.

Pour Olivier de Schutter, les gouvernements doivent prendre des mesures structurelles qui abordent ces trois aspects - obésité, malnutrition et changements climatiques - de front. "On ne peut plus s'en tenir à un discours qui responsabilise le consommateur individuel, il faut changer l'environnement dans lequel ce dernier est amené à faire ses choix."

source : RTBF - W. Fayoumi, avec F.C. - Publié le lundi 28 janvier 2019

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