Le fond de l'affaire


 

Perturbateurs endocriniens
Le 4 juillet dernier, les EM ont approuvé le projet de définitions des perturbateurs endocriniens, première étape d'une réglementation.


Ces substances perturbent l'action d'organes comme la thyroïde, les ovaires, les testicules ou l'hypophyse et favorisent l'apparition de cancers hormono-dépendants (cancer du sein ou de la prostate) ou de diabète type-2, non seulement chez les personnes exposées mais aussi chez leurs descendants. Ainsi, en France, de 1980 à 2012, les cancers, dont la plupart sont hormono-dépendants, ont connu une hausse de 110 %.

Mais le texte de la Commission, au-delà de quelques avancées, est violemment critiqué tant par la société civile que par la communauté scientifique : 3 grandes sociétés savantes (Endocrine Society, Société européenne d'endocrinologie et Société européenne d'endocrinologie pédiatrique) se sont fendues, le 15 juin dernier, d'une lettre aux EM pour demander de ne pas approuver la proposition de la Commission.
Ces spécialistes reprochent essentiellement deux choses à la proposition de la Commission. D'abord, elle impose un niveau de preuves nettement plus élevé que pour les cancérogènes ou les mutagènes. Autant dire qu'avec la complexité du mode d'action de ces perturbateurs endocriniens, il sera très difficile de prouver qu'une substance appartient bien à cette catégorie.
En effet, le lien entre une substance et une perturbation ou une maladie est difficile à établir car, contrairement aux substances classiques dont la toxicité dépend de la dose et qu'en-dessous d'une certaine dose, le risque est nul ou quasi, les perturbateurs endocriniens connaissent un effet cocktail et il existe une période de latence avant que les perturbations apparaissent. En outre, les effets ne sont pas les mêmes chez tous les types de population.
Ensuite, la Commission n'a pas jugé utile de reprendre une classification progressive comme « perturbateurs avérés », « présumés » ou « suspectés », comme cela se fait pour les cancérogènes. Cette absence de progressivité permet d'éliminer nombre de substances de la liste des perturbateurs endocriniens puisque, seuls, les « avérés » seront retenus. Et encore, car il y a des dérogations, notamment pour certains pesticides, ainsi que l'a demandé l'Allemagne. [NDLR : La reprise de Monsanto par Bayer n'est peut-être étrangère à cette demande.]

Une réglementation transversale, concernant tous les produits de ce type aurait dû être adoptée mais la Commission a préféré une approche sectorielle : on commence par réglementer une catégorie de produits, puis une deuxième, puis une troisième, etc. La Commission a justifié ce choix en prétextant que cette méthode permettait d'avancer plus rapidement. On appréciera l'argument quand on sait que la Commission a 4 ans de retard…
source : Alternatives Economiques n°371 IX/2017, p.48 Perturbateurs endocriniens : une définition à hauts risques

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