Le fond de l'affaire


 

« Non, l'hébergement citoyen n'est pas un appel d'air ! »

Interview de Mehdi Kassou, porte-parole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, publiée par la revue Démocratie (n°de  mars 2018, p.13)

Voici quelques extraits de cet entretien réconfortant, réjouissant, encourageant… !

[…]

Quand est-ce que l'hébergement a commencé?

L'hébergement a pris différentes formes. Tout d'abord via l'apport de petites tentes, qui se sont avérées de plus en plus grandes, notamment pour accueillir des familles. Certains citoyens se sont ensuite proposés pour héberger les plus vulnérables. Il y a aussi eu la mise à disposition de différentes salles de sport et universitaires.
Mais l'hébergement tel qu'on le connait aujourd'hui est né de la politique migratoire de plus en plus stricte du gouvernement: les arrestations ciblées, les rafles... Au départ, elles étaient espacées dans le temps, avant de devenir de plus en plus fréquentes. Nous avons alors lancé l'hébergement de l'ensemble des migrants car il fallait les protéger des interventions policières.

[...]

Combien de familles hébergent-elles chez elles?

Environ 3.500 familles hébergent régulièrement dans toute la Belgique. Le groupe Facebook pour l'hébergement cornprend plus de 38.000 personnes. Cela représente environ 450 personnes hébergées chaque soir depuis fin novembre.

Arrivez-vous à loger tout le monde ?

Il y a toujours quelques personnes qui restent hors circuit, qui ne veulent avoir affaire à aucune aide. Au parc Maximilien, dans 95 % des cas, on héberge tout le monde tous les soirs. Nous tentons d'héberger également les SDF qui viennent chercher un refuge car les dispositifs habituels sont remplis.

Qui sont les hébergeurs ?

Ce sont des humains. Littéralement. Il n'y a pas de profil type. Les seules valeurs qui caractérisent et fédèrent tout le monde, ce sont l'humanité et l'hospitalité. Il y a des jeunes koteurs, des personnes âgées – la doyenne a 89 ans - des gens de droite, de la Haute, toutes les religions sont représentées, des athées, la classe moyenne, ouvrière... C'est assez impression-
nant et très rassurant à la fois. Tout le monde peut devenir hébergeur ! Il suffit d'en avoir envie. Pas besoin d'un lit: un matelas à terre suffit amplement. Très concrètement, nous sommes confrontés à un besoin et nous cherchons des gens qui peuvent répondre à ce besoin. Il suffit de nous contacter !

Que répondez-vous à ceux gui craignent un appel d'air créé par les initiatives d'accueil comme la vôtre?

C 'est absurde. Ce n'est jamais une tartine ou la qualité du matelas sur lequel on va se coucher qui va attirer plus de gens en Belgique. Nous sommes sur un chemin entre les pays d'origine de ces migrants et l'Angleterre. Les seuls qui connaissent l'appel d'air ce sont les Anglais. [...] Chez nous, il suffit de comparer les chiffres de recensement des autorités.
Au mois d'août, il y avait 760 migrants à Bruxelles. Avec les rafles, 130 personnes ont été envoyées en centres fermés. Aujourd'hui, nous ne sommes toujours pas aux chiffres de l'été dernier. Nous sommes pourtant dans une offre d'accueil exceptionnelle. Car il n'y a rien de tel qu'être hébergé chez le citoyen. Sans compter l'accompagnement social et administratif individuel. Force est de constater que l'appel d'air n'est toujours pas là. Pourtant, très honnêtemment, cela ne me dérangerait pas de voir le chiffre augmenter. Sans cela, la Belgique remplira-t-elle ses engagements ? Elle a annoncé qu'elle allait relocaliser 3.900 personnes. Aujourd'hui, on n'est même pas à 1.000 ! Cela forcerait aussi la Belgique à appeler l'Europe à prendre une position plus claire. Car le problème est qu'aucun pays n'ose faire mieux que
l'autre de peur que le flux se dirige vers lui...

Que pensez-vous du rapport du CGRA sur Ies risques de torture au Soudan ?

Je pense qu'il est incomplet. Le témoignage recueilli, sur WhatsApp, par Koen Debeuf, le directeur de l'institut Tahrir, avec une personne qui témoigne des sévices subis quand il est retourné au Soudan n'est pas mentionné. Je trouve également un peu lamentable la position du gouvernement, en particulier celle du Premier ministre et d'Olivier Chastel qui s'annoncent comme victorieux. Comme si, finalement, ce rapport leur avait donné raison. Alors qu'il pointe de sérieux manquements dans l'analyse de l'étude des risques. Je pense que la meilleure réaction à avoir est celle de la Ligue des droits de l'Homme. À savoir demander une enquête indépen-
dante au rapporteur des Nations Unies. Il faut, quoi qu'il en soit, continuer à geler ces expulsions.

[...]

Quel regard portez-vous sur les visites domiciliaires ?

Il ne faut pas les appeler des visites domiciliaires. D'un point de vue juridique, ce sont des perquisitions. À partir du moment où un policier a un mandat, qu'il peut fracturer la porte et qu'une fouille peut avoir lieu, il s'agit clairement d'une perquisition.
C'est une criminalisation de personnes qui n'ont rien commis d'autre que ne pas avoir de papiers. Je pense également que c'est une atteinte violente à nos droits fondamentaux. Il s'agit aussi d'une tentative de briser cet élan de solidarité avec une communication très cynique. La solidarité et les hébergeurs ne sont pas ciblés ? Leurs portes sont pourtant visées, leurs
tiroirs pourront être fouillés, leurs enfants en seront témoins. Le gouvernement sous-estime le choc que peut représenter une perquisition.

Avez-vous peur que cela effraie l'enthousiasme des hébergeurs ?

Pas du tout. Il y a évidemment toujours une petite appréhension. Mais l'annonce de ces « visites » a fait exploser le nombre de membres de la Plateforme sur Facebook. La réponse des hébergeurs? « Ils n'ont qu'à venir ! »

[...]

La plateforme tiendra-t-elle sur la durée ?

Dès qu'il y a de l'indignation, il y a de la mobilisation. Quand le gouvernement sort une absurdité ou qu'il commet une horreur, nous voyons le nombre de nos membres augmenter de manière considérable.
C 'est notre meilleur chargé de communication !

Propos recueillis par Léopold DARCHEVILLE

Helpdesk

Maxime

Il n'y a de défaites que celles que l'on a tout seul devant sa glace.

Flaubert

Un p'tit plus